Le violon et l’épaulière, indissociables ?

Le violon et l’épaulière, indissociables ?

Un violoniste peut-il apprendre et jouer durablement de son violon sans passer par l’utilisation d’une épaulière ?

Cet outil parait incontournable pour beaucoup. Il stabilise l’instrument et permet au musicien de soulager le bras du port de l’instrument, en partie. Également, son usage pédagogique peut être particulièrement intéressant s’il est utilisé à bon escient.

Cependant, aussi facilitatrice et confortable soit-elle, l’épaulière expose à certains risques, notamment celui de développer un défaut gestuel, technique et/ou postural.

L’exemple le plus concret est ce besoin conditionné d’enserrer le violon entre l’épaule et le cou, grâce (ou à cause) notamment du contact avec l’épaulière et la mentonnière. Un phénomène délétère qui parlera à de nombreux élèves et musiciens confirmés.

De même, la recherche sans fin de l’épaulière parfaite peut considérablement désorienter le musicien qui finira par s’adapter lui-même à l’épaulière la « moins pire » qu’il aura trouvée.

Au-delà de tous ces éléments, j’ai maintes fois entendu de la bouche de violonistes érudits leur impression que cet outil affectait la vibration de leur instrument et altérait leur communication corporelle et vibratoire avec le violon.

Giovanni Radivo, violon solo, super-soliste de l’Orchestre National de Lyon, fait partie de ces musiciens convaincus du grand intérêt d’un jeu sans épaulière.

« Le second enseignant à qui j’ai eu affaire au conservatoire avait une démarche presque philosophique dans son approche pédagogique et tenait à enseigner le jeu sans épaulière. J’ai donc dû enlever la mienne aux alentours de 13 ans.

Ça a été difficile au début. On nous enlève une véritable béquille. Le rapport à l’instrument change. Le corps s’adapte de lui-même – l’épaule avec – et la technique de main gauche change. Ce travail m’a permis de me rendre compte à quel point jouer sans épaulière change le jeu et le son, à la condition d’avoir du soutien dans la main gauche.

Il n’y a rien de handicapant ou de limitant à cela. Il s’agit juste de technique.

Une fois cette approche bien maitrisée, on arrive à jouer avec un certain naturel, un peu plus de liberté. La main gauche trouve même une plus grande précision du fait de sa plus grande implication dans la globalité du mouvement. Pour les démanchés notamment, l’absence d’épaulière libère l’épaule et facilite son exécution contrairement à ce que l’on peut imaginer.

Le risque en revanche, c’est de trop solliciter la main gauche et le bras gauche qui ont par ailleurs besoin de plus de tonus.

Ce jeu sans épaulière m’apporte plus de contact entre mon instrument et mon corps,  j’ai l’impression que la voix de mon violon est comme ma voix. Je ressens les vibrations dans mon épaule, jusque dans mes os.

Je suis persuadé que le son est meilleur quand je joue sans épaulière. Je la prends quand je suis fatigué, ou pour me préserver.

Travailler sans épaulière permet de prendre conscience de la nécessité d’être mobile, pour ensuite répercuter cela avec une épaulière. »

Pour Dominique Hoppenot, auteure du livre référence « Le violon intérieur », le travail sans usage de l’épaulière permet une recherche optimale et un perfectionnement hautement qualitatif du positionnement du violon.

Pour autant, il me parait indispensable de disposer des bases posturales pour profiter d’un tel travail, sans redouter que le violon ne vous échappe ou que cette absence d’épaulière ne créé certaines compensations musculaires particulièrement nuisibles (trapèze, petit pectoral, sterno-cléïdo-mastoïdien…).

Décrivons, étape par étape, et au travers de l’expérience de Giovanni Radivo, l’installation du violon sans épaulière :

Libérer l’épaule de l’appui du violon

La tentation de caler le violon en enroulant ou en élevant l’épaule est grande. Ceci fatiguera très rapidement les muscles de votre épaule et de votre nuque.

Au contraire, l’absence d’épaulière doit faciliter la mobilité et la disponibilité de l’épaule dans le jeu.

« L’épaule est libre de bouger, de s’adapter, c’est un système plus mobile, plus adaptable. Avec une épaulière, c’est plus figé. » souligne Giovanni Radivo.

Alors comment installer solidement son instrument ?

Recherchez un appui autour de la clavicule.

Le super-soliste de l’ONL nous explique : « Je le cale sur la clavicule, presque à la jonction avec le sternum. En revanche, le violon est orienté beaucoup plus vers l’extérieur qu’avec l’épaulière pour compenser cette position.

Il y a un temps d’adaptation nécessaire au corps pour supporter ce contact assez inconfortable au début. »

Orientez le violon dans l’espace

La crainte de laisser glisser son violon, de ne pas le maîtriser par manque de stabilité, voici la raison majeure de l’inconfort ressenti par le violoniste sans épaulière. Une raison qui est aussi à l’origine de l’enserrement excessif du violon entre l’épaulière et la mentonnière :

La simple utilisation de la gravité répond pleinement à cette problématique !

Violonistes, je vous propose de vous installer à votre instrument et d’observer dans un miroir l’inclinaison de votre instrument et de son manche par rapport à l’horizontale.

Si cette inclinaison dirige le manche vers le sol, il vous est forcément nécessaire le retenir contre la gravité en enserrant votre instrument ou en le supportant excessivement avec votre main pour lui éviter de chuter.

Si tel est votre cas, efforcez-vous de redresser le manche de votre instrument, dans l’idéal légèrement au-dessus de l’horizontal. Ainsi, de lui-même, votre violon s’ajustera sans effort.

Sans cette adaptation, les démanchés s’avèrent bien compliqués.

Le rôle de la main

A chacun ses responsabilités !

Ce n’est certainement pas à la main de tout assumer, à savoir, porter l’instrument et se déplacer sur le manche.

Le port actif de l’instrument, c’est d’abord le travail du bras, par l’activation de muscles tel que le grand dentelé et la bonne gestion de la mobilité de l’épaule, du coude et du poignet.

Le contre-appui de la colonne du pouce sur le manche est particulièrement important pour gérer au mieux la pression des doigts sur les cordes et les démanchés.

Giovanni Radivo insiste sur le fait qu’il faut ajuster la fonction du pouce pour le rendre bien plus actif.

Jouer sans épaulière est un exercice particulièrement intéressant pour tous les violonistes (sans même parler de baroque !). Il vous permettra d’appréhender votre instrument d’une toute autre manière, d’en perfectionner l’usage que vous en avez (même avec une épaulière !) et de modifier votre rapport à la vibration.

Cette démarche est certes difficile, mais vous apportera assurément une toute autre vision de votre jeu. Quelques conseils du soliste pour y parvenir :

« C’est bien d’alterner avec et sans épaulière pour sentir la différence, pour solliciter en relai les différents muscles. Moi-même, j’alterne en fonction de ma fatigue ou de l’exigence des œuvres que je dois jouer ou du rythme des représentations. 

Certains, pour pallier cette absence, mettent une petite épaisseur de tissu ou de mousse sous les vêtements qui les aide à avoir un soutien supplémentaire. Isaac Stern, par exemple, faisait ceci. Cela permet de trouver un compromis entre liberté et stabilité. »

Si toutefois, cet outil vous parait toujours aussi incontournable, choisissez avec grande attention votre épaulière. Dans l’idéal, pourquoi ne pas vous orienter vers une épaulière sur-mesure ?

Il existe quelques professionnels en France capables de sculpter une épaulière à votre propre morphologie, en prenant de garde de se référer à votre position idéale en situation de jeu, en collaboration avec un professionnel des Gestes et Postures du Musicien.

Quelques liens :

https://dominiquehoppenot.com/

https://epauliere-sur-mesure.jimdo.com/francais/accueil/

http://www.kine-musiciens.fr/

 


2 réactions au sujet de « Le violon et l’épaulière, indissociables ? »

  1. Merci pour toutes ces infos.Je joue beaucoup de baroque et tente d’enlever le coussin et la mentonnière,est ce bien raisonnable ou faut il plutôt enlever le coussin puis la mentonnière?Le son est meilleur en effet mais j’ai toujours peur que le violon glisse…Merci pour votre réponse

    1. Bonjour,
      Cette problématique de « sevrage » de la mentonnière et du coussin est effectivement complexe, mais aura assurément des bénéfices sur votre son, sans parler de l’aspect traditionnel de tendre à jouer de ces instruments baroques sans tout ce matériel. En théorie, il vous faudrait commencer par enlever le coussin, mais cela ne sera efficace que si vous avez la bonne stratégie de maintien postural de l’épaule (par l’usage des bons muscles notamment et par une bonne orientation qui donnera la bonne inclinaison à votre instrument, l’empêchant de vous échapper). Le problème cependant est que cette stratégie d’épaule est complexe à appréhender seul. Ensuite seulement, vous pourrez enlever la mentonnière. En effet, vous serez alors libéré de ce « besoin » de plaquer votre cou ou votre menton contre l’instrument pour le maitriser et le stabiliser, puisque ce travail sera géré par l’épaule. Je me tiens à votre disposition si vous souhaitez approfondir ces aspects techniques. Cordialement,

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